Gérard Lhéritier, homme d’entreprise, de culture et grand mécène

Bien que l’écrit soit aujourd’hui ultra présent, via notamment les outils de communication, l’écriture sur papier, quant à elle, tend de plus en plus à disparaître. Sauvegarder notre patrimoine écrit prend dès lors une place inédite et l’intérêt historique que nous lui portons n’en demeure que plus essentiel. En fondant la société Aristophil et le Musée des Lettres et des ManuscritsGérard Lhéritier a ouvert un marché jusque là peu valorisé et méconnu du grand public.

Tout a débuté lorsque Gérard Lhéritier achète pour son jeune fils, philatéliste en herbe, le premier timbre de France chez un marchand de la rue Drouot. Il remarque alors dans cette boutique deux petites lettres dont l’une indique « expédiée par ballon monté », et l’autre, « par boule de Moulins ». Il se lance alors dans la découverte de la communication du Siège de Paris. Au cœur de cette période historique, qui s’étend de septembre 1870 à février 1871, Gérard Lhéritier retrouve des personnalités telles que Victor Hugo, Edouard Manet ou George Bizet qui envoyaient leurs lettres par « ballon monté ». Cet épisode marque la naissance d’une nouvelle passion chez celui qui rapidement deviendra un acteur français majeur du marché des Lettres et des Manuscrits. Cet autodidacte, né le 21 juin 1948 d’une famille modeste (un père artisan et une mère employée), fonde en 1990 la société Aristophil, spécialisée dans l’achat, la vente et l’expertise de lettres et de manuscrits. Une ƒ filiale est ouverte en 2005 en Belgique à laquelle trois autres s’ajoutent en 2011 en Suisse, en Autriche et à Hong Kong. Gérard Lhéritier crée en 2004 parallèlement à cette activité le Musée des Lettres et des Manuscrits, avant de racheter, en 2006 le magazine Plume, un trimestriel consacré au patrimoine de l’écrit. La société Aristophil a largement participé à sortir de l’ombre le marché des lettres et des manuscrits, jusqu’alors davantage connu des libraires spécialisés et des collectionneurs avertis. En proposant en effet à de nouveaux proƒfils d’investisseurs intéressés par la culture nationale d’investir dans des manuscrits ou des lettres ayant une valeur littéraire, historique, scientiƒfique ou politique, que ce soit à titre personnel ou en indivision, Aristophil a rendu possible au grand public l’acquisition d’une partie du patrimoine écrit. La société rassemble aujourd’hui plus de 18 000 adhérents, des investisseurs détenteurs d’une simple lettre ou de l’ensemble d’une collection.

Au terme de la période ƒ fixée par cette indivision, le propriétaire ou les copropriétaires ont le choix de conserver leur collection, de la vendre en salle de vente ou sur le marché de gré à gré, de proroger leur convention sur une ou plusieurs années auprès d’Aristophil, de la vendre à Aristophil si celle-ci décide de l’acheter (exercice de l’option d’achat) au prix d’acquisition majoré d’une somme complémentaire définie contractuellement, de vendre ou de réinvestir dans une autre collection. Aristophil permet ainsi d’éviter la dispersion de collections complètes parfois conservées à l’étranger. Cette formule d’investissement a également permis le rapatriement en France de nombreuses collections dont, par exemple, le Testament politique de Louis XVI ou encore plusieurs centaines de lettres de Napoléon qui étaient devenues la propriété d’un grand nombre de collectionneurs américains.

musée des lettres et manuscrits

Aristophil rassemble ainsi un fonds riche et éclectique composé de 135 000 documents (lettres, manuscrits, livres, dessins et éditions originales). Le Musée des Lettres et des Manuscrits (MLM), musée privé, dédié au sujet original du patrimoine écrit pour lequel il n’existait jusqu’alors pas de lieu dédié, présente, à travers des expositions temporaires et un espace de collections permanentes, un millier de documents, parmi lesquels le
Manuscrit de la … théorie de la relativité générale d’Einstein, les deux Manifestes du surréalisme de Breton, la correspondance de Zola à sa femme ou encore "Cellulairement" de Verlaine et le manuscrit de La Belle et la Bête
de Jean Cocteau, tous deux classés trésor national.

Soucieux de partager avec le plus grand nombre les trésors conservés au sein du musée, Gérard Lhéritier et son équipe mènent une politique active de partenariats institutionnels, de prêts, de coéditions et de programmes pédagogiques. Les chercheurs, les musées de province et de l’étranger bénéƒficient ainsi de prêts et d’expositions clefs en main. Toujours dans le but de préserver le patrimoine écrit français en France, Gérard Lhéritier a participé, en 2011, à l’acquisition par la BnF du manuscrit de « La vie de Sainte Catherine d’Alexandrie ». Bruno Racine, Président de la BnF a salué la générosité de ses mécènes avant de préciser : « Totalement inédit, le manuscrit était resté jusqu’à ce jour inconnu du monde de l’art. Ce chef-d’oeuvre de notre patrimoine pourra ainsi rester sur le sol national ». Ce manuscrit, réalisé au Moyen-âge pour Marguerite d’York, sœur du roi d’Angleterre Edouard IV et épouse de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, a en 2008 été classé trésor national. Les illustrations de Simon Marmion participent à la préciosité du document. Les collections nationales ne possédaient en effet jusque-là aucune oeuvre majeure de ce peintre et enlumineur français reconnu comme l’un des plus grands artistes du XVé siècle en Europe avec Jean Fouquet.

De la même façon, deux ans plus tard, en 2013, la société Aristophil, grâce à l’intermédiaire de son fondateur Gérard Lhéritier, a participé à hauteur de 1,85 millions d’euros à l’acquisition par la BnF des archives de Michel Foucault, philosophe mort en 1980 qui renouvela la pensée philosophique en 1960. Ce fonds de 90 boîtes abritant 37 000 feuillets rassemble des pépites telles que le quatrième tome inédit de son Histoire de la sexualité, intitulé Aveux de la chair. Mais ƒ figure aussi dans cet inventaire de 63 pages au total un incroyable journal intellectuel de 29 carnets à spirale, résumant presque trente-cinq années de recherche…

Représentant dix fois plus de vente qu’il y a 10 ans, le marché des lettres et des manuscrits est aujourd’hui en pleine expansion. Gérard Lhéritier poursuit dans ce contexte toujours en mouvement, sa collaboration à la protection et à la sauvegarde du patrimoine écrit en France…

Propos recueillis par Charlotte d’Aleman
N° 31 Avril du magazine Medef Paris "C’est à vous"

Retrouvez l’intégralité de l’article ICI

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